La Compagnie

Le noir de fumée est un résidu carboné issu d’une combustion incomplète : des particules de charbon que la flamme maintient en suspension, et auxquelles elle doit paradoxalement sa capacité à éclairer. Cette définition ancienne de chimie ouvre une image qui nous accompagne dans notre rapport au théâtre. Le théâtre est peut-être cela : non pas la combustion parfaite d’une idée claire et achevée, mais ce qui naît dans l’écart, dans la friction, dans ce qui brûle sans se résoudre complètement. Les mots, les corps, les récits se consument sur scène et laissent derrière eux des traces, des dépôts sensibles, des images, des sensations qui continuent de flotter après la représentation. Le noir de fumée désigne aussi cette matière paradoxale : noire mais produite par la lumière ; résiduelle mais indispensable à l’éclat de la flamme. Nous y voyons une manière de penser le théâtre : un art qui ne cherche pas à tout rendre transparent mais qui éclaire à partir des zones troubles, des contradictions, des restes, de ce qui échappe. Faire du théâtre, c’est accepter que quelque chose demeure en suspension. Qu’une parole ne se ferme pas totalement. Que le sens se fabrique dans ce qui circule entre les interprètes et les spectateur·ices. Noir de fumée est alors le nom d’une recherche : celle d’un théâtre qui ne prétend pas dissiper l’obscurité, mais faire apparaître, dans la matière même de ce qui brûle, une forme de lumière.

En 2017, Matthias Hejnar rencontre Sarah Cillaire Parera. Lui est acteur, elle dramaturge. Ils découvrent chez l’autre un goût commun pour le travail de la langue, du sens et du jeu. Au fil de plusieurs années de compagnonnage autour d’écritures contemporaines (Fredrik Brattberg, Naomi Wallace, Brigitte Fontaine, Michel Vinaver, Charles Chauvet…), leur collaboration se précise et se transforme en un désir de structure commune, qui conduit Matthias Hejnar à fonder la compagnie Noir de fumée en 2024. La compagnie privilégie les écritures singulières, dérangeantes, qui explorent l’acte de création dans sa dimension transgressive, un moyen d’explorer ce qui ne se dit pas, la scène devenant un hors champ de l’ordre social.